Attaché de presseCaen

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l’interview

Interview par Emi 30 août 2026

Merci de nous accorder du temps. Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m'appelle Johan, j'ai 27 ans et je suis principalement directeur artistique, réalisateur et attaché de presse en freelance. J’ai travaillé plusieurs années en agence d'influence en tant qu'artistique junior et je me suis progressivement orienté vers la musique. Je travaille également dans deux médias : Le Cercle Vertueux depuis bientôt trois ans et Pépite FR depuis un peu plus d'un an et demi.

La relation presse, ça t’es venu comment ?

Je fais de la vidéo depuis que j'ai 13-14 ans, donc j'ai naturellement orienté mes études dans cette direction, avec un master en communication et direction artistique. Là-bas, j’ai rapidement baigné dans ce milieu artistique et musical. J’ai appris le métier en m’intéressant à ceux qui m’entouraient. En voulant dépanner, je me suis mis à apprendre et aider des artistes de ma région.

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Je me suis fait plus ou moins tout seul mais les discussions aident beaucoup. Avec Vendaa, le fondateur de Pépite qui est lui aussi attaché de presse, on a énormément échangé. Que ce soit sur les techniques de chacun, les conseils etc. Je suis content d’avoir pu avoir quelqu’un comme ça.

Mon carnet d’adresses, par contre, je l’ai construit tout seul, pendant 3-4 ans à force de parler aux médias, de rencontrer des gens, d’aller aux événements..

La relation, plus que les retombées, pour moi c’est ça le plus important.

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Comment définirais-tu le rôle d’un attaché de presse ?

Pour moi, il y a « relation » et « presse ». Souvent, les artistes ne captent pas assez le côté relationnel. Mon rôle, c’est mettre en valeur et en relation un artiste, un projet, une sortie artistique auprès des diffuseurs, médias, pure players, mais aussi presse traditionnelle. L’objectif c’est que l’artiste finisse par avoir suffisamment de notoriété et de relations entretenues pour qu’ils soient à l’affût à chaque sortie.

Il y a un véritable enjeu humain au-delà de l’enjeu conversion en auditeurs ?

Le côté conversion pure en auditeurs, ça ne représente que 20-30% du travail. On a tendance à trop s’attacher aux retombées mais je suis pas sûr que ce soit tant ça qui convertisse en auditeur. Je pense que c’est plus pour élargir et enrichir son univers artistique, son image en tant qu’artiste. Le reste c’est la musique qui parle, les visuels, la direction artistique, ...

À quel moment tu interviens dans la vie d’un artiste ?

Je travaille à 80% avec des artistes en développement et émergence. Il y en a que j’accompagne plus ou moins à l’année. Pour la moitié de mes accompagnements, je fais partie du processus créatif. J’intègre le projet en tant que directeur artistique avant de réaliser mes missions d'attaché de presse. Du coup, c’est d’autant plus facile pour moi de défendre un truc qu’on a construit ensemble. Je sais ce qu’on a voulu retranscrire visuellement. L’autre 50% me contacte déjà quand tout est prêt musicalement et visuellement. C’est soit des artistes qui sont déjà un peu présents et qui veulent soit sortir de leur région, soit atteindre un stade un peu au-dessus. Et dans ces cas-là, il y a juste à bosser des photos de presse pour faire un kit de presse, la rédaction du pitch et de la biographie, entre autres, …

Majoritairement, tu interviens juste avant la phase de lancement du projet ?

Pour ma mission d’attaché de presse, en général, oui. Après, je bosse aussi pour des labels et maisons de disques. Eux, souvent, ils me contactent quand même longtemps, longtemps à l’avance. Des fois je peux être contacté six mois avant la sortie de quelque chose.

Quand t’arrives sur des projets en tant qu’attaché de presse, comment tu gères tes différentes casquettes ?

Je trouve qu’elles sont étroitement liées donc c’est pas non plus trop dérangeant. Je réfléchis principalement en tant que directeur artistique et je trouve que la relation presse entre dans une direction artistique. Quand je bosse pour un artiste qui a déjà une direction artistique, je m’adapte simplement à la vision qui a été déployée et j’essaie d’être le plus cohérent possible.

J’ai pas du tout la science infuse, je donne des avis ils sont soit à prendre, soit à réinterpréter.

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Je trouve que c’est hyper important que ce soit l’artiste qui soit chef de son propre projet. C’est souvent des discussions, je propose des choix, on échange sur les médias et les formats qui nous intéressent. Parfois, la relation est déjà établie entre l’artiste et le contact donc il le redirige vers moi pour que je puisse prendre le relais.

Ça peut t’ouvrir des portes à l’avenir, s’ils t’ont apprécié humainement et en tant que RP. Ça t’ouvre une possibilité de nouvelle mission sur un futur projet ?

Au-delà de ça, je rencontre des gens, j’apprends des personnes avec qui je travaille, je découvre des techniques auxquelles je n’avais pas pensé, je peux les adapter pour moi, mes prochaines sorties, ...

Comment construis-tu une stratégie RP autour d’une sortie ?

Maintenant, je ne défends que des sorties que moi je kiffe en tant qu’auditeur. Avant, j’avais envie de faire mes armes, de comprendre comment ça se passait. J’ai compris que quand je n’apprécie pas particulièrement la sortie, je la défends moins bien. Donc c’est moins bien de manière générale.

Si la sortie me parle, je vais construire en fonction du style musical et de l’échange qu’on va avoir avec l’artiste. Dans un premier temps, on va se voir, il va m’expliquer ses besoins. Il va me faire écouter ce qu’il veut me faire défendre. En fonction de si c’est un single ou un EP, c’est pas exactement la même démarche.

Ensuite, on va construire toute l’écriture scénaristique artistique sur lui en tant qu’artiste. Qu’est-ce qu’il veut représenter comme valeurs ? Si on doit le décrire par un auditeur, comment il doit le décrire assez rapidement, quel style musical, quel courant artistique, d’où il vient, etc. Ça c’est pour lui en tant qu’artiste, pour qu’il soit bien identifié. Puis on va se pencher plus sur la sortie. Est-ce que c’est un single, est-ce que c’est un projet ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Quelle émotion veut être transmise via cette sortie ? Ou si c’est un message, qu’est-ce qu’il raconte ?

“On fait ça ensemble. Je prends les mots que lui me donne parce que c’est hyper important de reprendre son champ lexical qui sera le plus authentique et naturel vis-à-vis de lui.”

La plupart du temps, et surtout quand je suis le directeur artistique, je fais un shooting presse dédié à la sortie pour l’artiste. Je trouve que c’est hyper important l'exclusivité sur les contenus.

Et, une fois que j’ai tout ça, je réinterprète, je réécris au propre et je fais des propositions à l’équipe ou à l’artiste.

Il me valide ou il me corrige, je fais la sélection des formats ou des médias, maintenant des créateurs de contenu, qui, je trouve, pourraient être associés à cette sortie ou à qui ça pourrait plaire. Parce que moi je look quand même beaucoup, beaucoup les médias et ce que sortent les créateurs de contenu. Une fois qu’on connaît bien, on sait assez vite quel type de médias est branché plus underground ou plus pop. J’envoie à tous les médias que je pense cohérents. Et ceux où il y a une affinité ++, j’essaye d’aller chercher des formats focus, en démarchant le média en lui expliquant pourquoi je trouve que ce serait intéressant, en visant même directement un format.

Et puis, si ça match de leur côté, ensuite, je mets en relation l’artiste et le média, et selon l’artiste, je gère tout et je fais l’intermédiaire. Souvent j’essaye quand même de les mettre en relation parce que je pense que c’est bien qu’ils s’humanisent aussi entre eux et qu’ils discutent. Je trouve ça important.

Selon les opportunités et la taille de l’artiste, je fais du media training aussi. On simule une interview, je lui pose des questions un peu chiantes pour le confronter à ce genre de situation, pour que, quand ça arrive, il sache rebondir et tourner ça à son avantage.

Tu mets quoi dans un press kit ?

Tous les éléments qui peuvent potentiellement être nécessaires aux médias pour pouvoir créer du contenu autour de la sortie. Photos de presse, lien d’écoute privé, la biographie, le clip, ... tous les éléments importants de sortie qui peuvent pousser le média à parler de lui.

T’as des bonnes pratiques qui t’aident dans la réalisation de tes missions ?

C’est hyper important de bien identifier l’artiste. Donc même si je trouve que c’est une connerie de mettre des étiquettes et des cases, il faut être factuel. Même si on est un peu contre ça, avoir un vrai travail de ciblage et d’identification.

Deuxième chose, soit proposer les contenus, soit identifier les contenus qui semblent être pertinents pour la campagne. Personnifier les messages, surtout quand on cherche du format focus.

Troisième et dernier point, que j’estime le plus important, c’est de rester soi-même, humain et cordial. Je suis quelqu’un de cool, même si ça se passe mal je vais rester calme et cordial. Le lien avec les médias, si jamais les médias ne m’apprécient pas, forcément ça va desservir l’artiste. Et je trouve que c’est hyper important, en tant qu’attaché de presse plus qu’en tant que DA, de se mettre en second plan. Dans ma mission d’attaché de presse, je viens juste servir un projet, l’intérêt de l’artiste, je ne viens pas me mettre en avant.

C’est quoi les outils qui t’accompagnent le plus ?

Photoshop, Illustrator et InDesign.

J’ai envie que ce soit joli, même si j’ai pu voir et constater que des fois pour les dossiers de presse, une simple note Word ou iPhone, ça faisait largement l’affaire. Mais je fais en sorte que ça rentre quand même dans une identité propre, c’est tout le temps la même forme. Ils sont full noirs, full épurés pour qu’il y ait juste les visuels des artistes qui soient mis en avant et qu’il n’y ait pas mon identité forte, sinon ça prendrait le pas sur celle de l’artiste.

Sinon, une fois que je me suis lié d’amitié ou de relation avec quelqu’un, c’est un échange sur WhatsApp quand la personne l’amorce.

Ce que je préfère c’est quand le projet rayonne aux objectifs qui ont été fixés.

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Qu’est-ce que tu préfères dans ce métier ?

J’aime bien tout ce qui est construction du dossier de presse, réfléchir à comment on se positionne, l’écriture, ... Puis, en réalité, la satisfaction de l’artiste ou de l’équipe vis-à-vis du travail. Quand ils sont heureux des interviews, qu’ils obtiennent une apparition qu’ils attendaient. Si en plus de ça y’a une réelle différence sur les écoutes, c’est valorisant.

Y’a des collaborations que tu as particulièrement aimé réaliser ?

Pour ma dernière campagne j’ai bossé avec Ucyll, un artiste que j’écoute personnellement en tant qu’auditeur, pour son derrière single et clip du coup ça fait trop plaisir. redhead, Django de Cayenne, ... des artistes qui sont originaires de Caen, d’où je viens. Django de Cayenne il a sorti un projet qui s’appelle Le disque d’or et qui est dans ses esthétiques de son origine guyanaise. Un des morceaux a fait quasiment 130 000 streams et je suis trop content d’avoir pu participer à mon échelle à ça. Également Odhee, il a sorti un projet cette année qui s’appelle Action,théorie. Depuis deux ou trois ans, on fait toutes ses sorties en relation presse et c’est un artiste avec qui j’ai les meilleurs résultats, donc c’est hyper valorisant. Lui il me rappelle à chaque fois, il est giga content.

Je pense que c’est beaucoup de feeling humain et surtout, surtout que c’est parce je leur mens pas.

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Tu penses que le feeling humain influence tes collaborations ?

Oui. Et, je leur dis factuellement ce que je pense de certaines choses. Je pense que la relation presse n’est pas le truc qui va changer leur carrière. Une fois que la conscience est acquise et que tu te détaches du fait d’avoir des retombées.. t’as que des bonnes surprises, que du positif.

J’essaie de ne pas mentir. Certains artistes pensent qu’une apparition dans un gros média leur permet de percer pour toujours. La vérité, c’est qu’une apparition, si l’artiste n’est pas mentionné ou identifié, ça ne convertit pas. J’essaie de rationaliser, de dire la vérité, et je pense que c’est ça, le côté authentique qui parle le plus aux artistes. Après, il y a le gros côté match humain.

Ton travail a un impact fort sur la notoriété de l’artiste ?

Ça a un impact sur la notoriété, mais ce n'est pas en une campagne que ça a un impact, c’est en plusieurs. C’est à force justement que le média voit l’artiste évoluer. Puis, ça m’est jamais arrivé, mais si j’avais une campagne où il y aurait full retour négatif, ce n'est pas une mauvaise campagne. J’irai chercher pourquoi, je prendrais les axes d’amélioration et ce sera que constructif pour l’artiste et pour moi. Certains médias ont une ligne éditoriale bien définie selon le genre, les lyrics aussi, c’est pour ça qu’il faut bien les choisir. Au-delà de la notoriété, je pense que ça a un impact sur la légitimité et la crédibilité vis-à-vis de ton audience et des acteurs de l’industrie.

La RP, ça peut avoir une vraie, vraie plus-value sur le nombre d’auditeurs et tout. Mais il y a d’abord d’autres paramètres, et ça c’est important de le dire quand même. La musique et les visuels jouent beaucoup.

Actuellement, tu as eu de belles sorties ?

Dernièrement,  je vais redire : Mon fric ma bataille D’Ucyll, single incroyable, clip incroyable et artiste incroyable, donc trop content d’avoir pu défendre ça.

Il y a un un gros gros projet de redhead que je suis trop pressé de défendre quand ce sera le moment.

Et, je travaille sur un gros projet à titre personnel depuis un an, et j’ai trop hâte de pouvoir le dévoiler.

Je suis trop fier de pouvoir dire : aujourd’hui je vis de la musique.

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Un calendrier plutôt chargé ?

J’ai de beaux projets qui arrivent mais y’a toujours de la place pour de la nouveauté. Quand j’ai lancé ma micro-entreprise, j’avais peur d’être obligé de travailler pour des marques, des entreprises qui ne sont pas trop dans l’artistique. Et en vrai, par exemple, cette année j’ai dû bosser pour deux autres choses qui ne sont pas dans la musique, mais sinon c’est que dans l’industrie musicale et c’est trop, trop, trop, trop lourd.

Puis, maintenant les marques quand elles m’appellent, elles savent que j’ai une patte artistique et elles me laissent carte blanche, c’est encore mieux qu’avant.

Être freelance, c’est un choix ?

C’est pas un choix. Je kifferai de ouf bosser pour un label ou une maison de disques. Même si j’ai déjà eu des échanges, pour l’instant, j’ai pas eu de réelle proposition. Je suis complètement ouvert à me stabiliser. Être freelance, ça m’offre quand même une énorme forme d’indépendance et ça, c’est génial parce que du coup je fais ce que je veux et je dis non à qui j’ai envie. Mais non c’est pas tant un choix, même si c’est cool et qu’il y a plein d’avantages et aussi plein d’inconvénients.

Le côté CDI, attaché de presse exclusif pour une maison de disques ou un label, je serais carrément chaud évidemment, dans un style musical qui me parlerait quand même.

Tu nous as dit plus tôt que tu étais de Caen, tu souhaites y rester ou t'envisages la capitale ?

Je suis fier d’être normand. Je fais des allers-retours à Paris des fois.

Mais, c’est un truc qui reste possible et je compte pas, sauf opportunité, cf. voir ce que j’ai dit au-dessus, de monter à Paris. Mais dans l’idée, moi je suis très bien en province, c’est pas loin de Paris, c’est à 1h30 de train, donc quand j’ai des opportunités, j’y vais. Mais aujourd’hui, on est quand même à l’ère d’Internet et il y a des artistes incroyables en province, notamment à Caen, mais dans plein d’autres villes aussi, j’en suis sûr.

T’as un conseil pour nos lecteurs ?

Je peux qu’inciter les gens à se faire confiance et à pas forcément écouter les gens et ce qu’ils disent. Souvent les gens ont peur pour toi, mais en fait en ayant peur pour toi, ils te freinent. Je trouve que c’est hyper important de tenter, de prendre des risques, sans non plus faire des dingueries et se mettre en galère, mais en étant raisonnable et en ayant confiance en soi, il faut y aller.

Puis globalement, faites-vous kiffer. Croyez-y, autant artistes qu’autres éléments. J’ai pris la parole en tant qu’attaché de presse aujourd’hui mais je pense que c’est bien aussi d’avoir plusieurs casquettes. La spécialité de quelqu’un ça peut être la diversité, je suis pas spécialement le meilleur mais je suis bon dans pas mal de trucs différents. Puis, ton quotidien change tout le temps. Des fois je vais être chez moi à faire de la RP, d’autres je vais être sur des tournages, des shootings, ...

La spécialité de quelqu’un, ça peut être la diversité.

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